Introduction en bourse : pourquoi les startups francaises hesitent

Introduction en bourse : pourquoi les startups francaises hesitent
L'essentiel
  • Moins de 10 introductions en bourse de startups technologiques françaises ont eu lieu sur Euronext en 2024 et 2025, contre plus de 25 en 2021.
  • Coûts d'entrée élevés (500 000 € à 2 M€), obligations de transparence et volatilité des marchés freinent les fondateurs.
  • Les alternatives — levées de fonds privées, dette venture, rachats industriels — captent la majorité des opérations de financement.
  • Pour l'épargnant, cette frilosité réduit l'accès à des entreprises innovantes via un PEA ou un compte-titres.
  1. État des lieux : un marché des IPO au ralenti
  2. Ce que coûte réellement une introduction en bourse
  3. Quatre raisons qui refroidissent les fondateurs
  4. Les alternatives qui concurrencent la cotation
  5. Ce que cela change pour vous, épargnant particulier
  6. Perspectives : un dégel en vue ?
  7. Questions fréquentes

En 2021, la place de Paris enregistrait plus de 25 introductions en bourse de sociétés technologiques. Depuis, le compteur s'est effondré. Moins d'une dizaine d'opérations comparables ont eu lieu en 2024 et le premier semestre 2025 n'a guère inversé la tendance. Pour un épargnant qui souhaite diversifier ses placements vers l'innovation, cette frilosité des startups françaises a des conséquences directes sur l'offre disponible en PEA ou en compte-titres.

État des lieux : un marché des IPO au ralenti

Une introduction en bourse (IPO, pour Initial Public Offering) est l'opération par laquelle une entreprise propose ses actions au public pour la première fois sur un marché réglementé ou un système multilatéral de négociation comme Euronext Growth. C'est un moment charnière : la société s'ouvre à des milliers d'investisseurs, mais accepte en contrepartie des obligations de transparence strictes.

Le constat est net. Après l'euphorie post-Covid de 2021, le nombre d'IPO sur Euronext Paris a chuté d'environ 65 % entre 2021 et 2023. La remontée des taux directeurs de la BCE — passés de 0 % à 4,50 % entre 2022 et 2023 — a renchéri le coût du capital et détourné les investisseurs vers les obligations. En 2024, malgré un début de détente monétaire, les fondateurs de startups sont restés sur la réserve.

Comparaison rapide avec l'Europe : Londres et Amsterdam ont connu la même tendance baissière, mais Stockholm a maintenu un flux plus régulier grâce à un écosystème d'investisseurs particuliers très actif.

Ce que coûte réellement une introduction en bourse

Beaucoup de fondateurs sous-estiment la facture. Les frais directs d'une IPO sur Euronext Growth se décomposent ainsi :

Poste de dépenseFourchette indicative
Banque introductrice (commission)3 % à 7 % du montant levé
Audit et certification des comptes80 000 € – 200 000 €
Conseil juridique et rédaction du prospectus100 000 € – 350 000 €
Communication financière (roadshow, IR)50 000 € – 150 000 €
Frais Euronext (admission)10 000 € – 50 000 €

Au total, une startup qui lève 20 millions d'euros peut débourser entre 1 et 2,5 M€ en frais d'introduction, soit 5 à 12 % du montant levé. Et ce n'est que le début : les coûts récurrents de conformité, de reporting semestriel et de relations investisseurs ajoutent 200 000 à 400 000 € par an.

Quatre raisons qui refroidissent les fondateurs

  1. La pression du court terme. Une fois coté, le dirigeant publie ses résultats tous les six mois. Les analystes jugent chaque trimestre. Pour une startup en phase de croissance qui brûle du cash, cette exposition peut pénaliser le cours et la capacité à investir.
  2. La perte de contrôle perçue. Dilution du capital, obligation d'informer le marché avant toute décision stratégique, risque d'activisme actionnarial — autant de contraintes qui contrastent avec la liberté d'un tour de table privé.
  3. Des valorisations décevantes. Les multiples de valorisation sur Euronext Growth pour les tech françaises oscillent entre 8 et 15 fois l'EBITDA, quand le marché privé du late-stage venture peut offrir 20 à 30 fois pour un profil comparable. L'écart dissuade logiquement les fondateurs.
  4. Un vivier d'investisseurs retail limité. En France, seuls 6,7 millions de particuliers détiennent des actions en direct (données AMF 2024). Le marché reste dominé par les institutionnels, ce qui réduit la liquidité des petites capitalisations cotées.

Les alternatives qui concurrencent la cotation

Si les startups boudent la bourse, c'est aussi parce que les options privées se sont multipliées. Le marché français du venture capital a dépassé 8 milliards d'euros investis en 2024, selon France Invest. Les tours de série B et C permettent de lever 30 à 100 M€ sans les contraintes d'une cotation.

Ce que cela change pour vous, épargnant particulier

Prenons un exemple concret. Lucas, 38 ans, ingénieur, 3 200 € net/mois, place 300 € par mois sur son PEA. Il aimerait investir dans des startups françaises innovantes, mais le choix sur Euronext Growth s'est rétréci. Moins d'IPO signifie moins de sociétés accessibles, et celles qui restent cotées affichent souvent une faible liquidité — des écarts achat-vente de 2 à 5 % qui rognent la performance.

Résultat : Lucas se reporte sur des ETF sectoriels ou des fonds labellisés « innovation ». C'est une diversification moins ciblée, mais plus liquide. Pour optimiser la fiscalité de ces placements sur le long terme, il peut aussi combiner PEA et plan d'épargne retraite (PER), dont l'enveloppe fiscale reste avantageuse en 2026.

Autre conséquence : les épargnants qui souhaitent investir dans des actifs réels et tangibles se tournent vers des classes d'actifs différentes. L'investissement en forêt ou en terres agricoles séduit par exemple ceux qui recherchent un rendement stable et une fiscalité favorable, loin de la volatilité boursière.

Perspectives : un dégel en vue ?

Plusieurs signaux laissent penser que le marché pourrait se ranimer. La BCE a ramené ses taux directeurs à 2,50 % début 2025, rendant les actions plus attractives face aux obligations. Euronext a simplifié ses procédures d'admission sur le compartiment Growth, avec un prospectus allégé pour les levées inférieures à 8 M€.

Le gouvernement français a également annoncé un crédit d'impôt IPO expérimental pour les PME innovantes, couvrant jusqu'à 30 % des frais d'introduction dans la limite de 300 000 €. Le dispositif, s'il est confirmé en loi de finances, pourrait lever un frein significatif.

Le retour des IPO technologiques en France dépendra autant de la conjoncture que d'un changement culturel : accepter que la bourse n'est pas une fin de parcours, mais un accélérateur de croissance.

Pour les épargnants, la vigilance reste de mise. Chaque situation patrimoniale est unique, et il est recommandé de consulter un conseiller avant de se positionner sur une IPO. Les premières cotations offrent des opportunités, mais aussi une volatilité élevée dans les semaines qui suivent l'introduction.

Questions fréquentes

Pourquoi les startups françaises préfèrent-elles les levées privées à l'introduction en bourse ?

Les levées privées offrent des valorisations souvent supérieures (20 à 30 fois l'EBITDA contre 8 à 15 en bourse), un calendrier flexible et aucune obligation de publication financière trimestrielle. Les fondateurs conservent aussi un contrôle plus étroit sur leur capital.

Combien coûte une introduction en bourse sur Euronext Growth ?

Les frais totaux représentent généralement entre 5 % et 12 % du montant levé. Pour une levée de 20 millions d'euros, comptez entre 1 et 2,5 millions d'euros en frais directs (banque introductrice, audit, conseil juridique, communication), auxquels s'ajoutent 200 000 à 400 000 € de coûts annuels de conformité.

Un particulier peut-il investir dans une IPO via son PEA ?

Oui, à condition que la société soit cotée sur un marché européen réglementé ou un système multilatéral comme Euronext Growth. L'épargnant peut souscrire lors de l'offre publique ou acheter des actions dès le premier jour de cotation. Les plus-values réalisées dans un PEA de plus de 5 ans bénéficient d'une exonération d'impôt sur le revenu (hors prélèvements sociaux de 17,2 %).

Le marché des IPO en France peut-il se redresser en 2026 ?

Plusieurs facteurs sont favorables : baisse des taux de la BCE (2,50 % début 2025), simplification des procédures Euronext et projet de crédit d'impôt IPO pour les PME innovantes. Toutefois, un rebond dépendra aussi du retour de la confiance des investisseurs institutionnels et de la stabilité géopolitique.

Experte finances personnelles
Specialiste en gestion de budget et placements financiers, Sophie partage son expertise pour aider chacun a mieux gerer son argent. Elle simplifie les sujets complexes de la finance personnelle avec p