Retraite : suspension réforme sept 2026
En bref : La réforme des retraites de 2023 est suspendue, pas annulée. L'âge légal de départ reste figé à 62 ans et 9 mois et la durée d'assurance à 170 trimestres pour les pensions prenant effet entre le 1er septembre 2026 et le 31 décembre 2027. La montée vers 64 ans reprend son cours au 1er janvier 2028.
L'essentiel- La génération 1964 est la grande gagnante : 3 mois de départ anticipé et 1 trimestre de moins à justifier.
- Les assurés nés en 1963 ou avant, et ceux nés à partir de 1966, ne voient rien changer.
- Partir 3 mois plus tôt n'est pas toujours rentable : vous échangez du salaire contre une pension plus faible, et vous perdez une éventuelle surcote.
- Le coût de la mesure a été évalué pendant les débats à environ 100 millions d'euros en 2026 et 1,4 milliard en 2027.
- Ce que la suspension change exactement
- Qui est concerné, qui ne l'est pas
- Trois cas pratiques chiffrés
- Partir plus tôt : le bon calcul budgétaire ?
- Après 2027 : ce qui reste incertain
- Questions fréquentes
La suspension de la réforme des retraites entrée en application à l'automne 2026 ne supprime pas l'âge légal de départ à 64 ans : elle en gèle la trajectoire pendant seize mois. Concrètement, votre âge légal de départ et votre nombre de trimestres requis dépendent désormais de deux paramètres : votre année de naissance, et la date d'effet de votre pension. Comprendre cette double condition, c'est savoir si vous pouvez avancer votre départ de quelques mois — et si cela vaut vraiment le coup pour votre budget.
Ce que la suspension change exactement
Le décalage est une mesure de gel : le calendrier d'augmentation prévu par la loi du 14 avril 2023 s'arrête temporairement au niveau atteint par la génération 1963, soit 62 ans et 9 mois et 170 trimestres pour le taux plein.
Ce gel s'applique aux pensions prenant effet à compter du 1er septembre 2026 et jusqu'au 31 décembre 2027. Au 1er janvier 2028, la progression de trois mois par génération reprend là où elle s'était arrêtée.
| Année de naissance | Réforme 2023 | Avec le décalage (effet avant 2028) |
| 1963 | 62 ans 9 mois – 170 trim. | Inchangé |
| 1964 | 63 ans – 171 trim. | 62 ans 9 mois – 170 trim. |
| 1965 | 63 ans 3 mois – 172 trim. | 62 ans 9 mois – 170 trim. (si départ avant le 1er janvier 2028) |
| 1966 et après | 63 ans 6 mois à 64 ans – 172 trim. | Inchangé |
Qui est concerné, qui ne l'est pas
La fenêtre est étroite : seules deux générations en profitent réellement, et de façon inégale selon le mois de naissance.
- Gagnants nets : les assurés nés en 1964, qui gagnent 3 mois et un trimestre de durée d'assurance.
- Gagnants partiels : les personnes nées dans les premiers mois de 1965, à condition que leur pension prenne effet avant le 1er janvier 2028.
- Non concernés : les générations 1963 et antérieures, déjà au palier de 62 ans et 9 mois.
- Non concernés non plus : les générations 1966 à 1968 et suivantes, qui retrouveront le calendrier initial jusqu'à 64 ans.
Trois paramètres restent par ailleurs totalement inchangés : l'âge du taux plein automatique à 67 ans, les quatre bornes des carrières longues (58, 60, 62 et 63 ans selon l'âge de début d'activité) et l'accès à la retraite progressive dès 60 ans. Si vous êtes travailleur indépendant, vos trimestres dépendent de vos revenus déclarés : un point à vérifier avec votre expert-comptable en ligne avant de bâtir un plan de départ.
Trois cas pratiques chiffrés
Les montants ci-dessous sont des illustrations arrondies, hors complémentaire, pour visualiser l'ordre de grandeur.
- Martine, née en mars 1964, aide-soignante, 2 150 € net par mois. Sans le décalage, elle devait attendre mars 2027 (63 ans) et justifier 171 trimestres. Avec le gel, elle peut liquider dès décembre 2026 à 62 ans et 9 mois avec 170 trimestres. Pour une pension de base estimée à 1 250 € brut, cela représente 3 750 € de pension encaissés plus tôt.
- Nadia, née en janvier 1965, employée administrative, 2 400 € net. Elle atteint 170 trimestres fin 2027 mais pas 172. En liquidant au 1er décembre 2027, elle évite deux trimestres manquants, soit une décote de 2,5 % au régime général : sur une pension de 1 600 € brut, cela fait 40 € par mois à vie, environ 12 000 € sur 25 ans.
- Karim, né en septembre 1965, cadre, 3 800 € net. Il n'atteindra 62 ans et 9 mois qu'en juin 2028, après la fin de la fenêtre. Son départ reste fixé à 63 ans et 3 mois avec 172 trimestres : aucun gain.
Partir plus tôt : le bon calcul budgétaire ?
Avancer son départ n'est pas automatiquement un gain. Vous remplacez trois mois de salaire par trois mois de pension, généralement bien inférieure : dans le cas de Martine, 6 450 € de salaire contre 3 750 € de pension, soit 2 700 € de manque à gagner immédiat.
Il faut aussi compter la surcote perdue. Chaque trimestre travaillé au-delà du taux plein majore la pension de base de 1,25 % : renoncer à un trimestre, c'est renoncer à environ 15 € par mois pour une pension de 1 250 €, soit 180 € par an, à vie.
Quatre étapes pour trancher :
- Téléchargez votre relevé de carrière et vérifiez le nombre exact de trimestres validés au 31 décembre dernier.
- Simulez deux dates de départ (la plus précoce autorisée et celle d'origine) et comparez les pensions nettes, base et complémentaire incluses.
- Calculez la perte de revenu sur la période intermédiaire et vérifiez que votre épargne de précaution la couvre.
- Confirmez votre date d'effet auprès de votre caisse, en déposant votre demande 4 à 6 mois à l'avance.
Après 2027 : ce qui reste incertain
La suspension est un report, pas une abrogation : sauf nouvelle loi, la trajectoire vers 64 ans en 2030 redevient la règle au 1er janvier 2028. Le financement du décalage, estimé à environ 1,4 milliard d'euros pour la seule année 2027, devra par ailleurs être compensé.
Pour mémoire, la France reste dans la moyenne basse européenne : la Belgique a porté son âge légal à 66 ans et visera 67 ans en 2030, avec des niveaux de salaire minimum belge sensiblement différents des nôtres.
Dans ce contexte mouvant, diversifier ses sources de revenus futurs garde tout son sens : PER, assurance-vie, ou revenus locatifs, y compris via un investissement immobilier au Portugal ou en Espagne. Chaque situation étant unique, ces pistes ne constituent pas une recommandation personnalisée.
Questions fréquentes
La réforme des retraites est-elle annulée ?
Non. Elle est suspendue pour les pensions prenant effet jusqu'au 31 décembre 2027. L'âge légal et la durée d'assurance restent figés à 62 ans et 9 mois et 170 trimestres, puis le calendrier reprend au 1er janvier 2028.
Je suis né en 1964 : que dois-je faire ?
Vérifiez votre relevé de carrière, puis demandez une simulation avec une date d'effet dès vos 62 ans et 9 mois. Si vous atteignez 170 trimestres, vous pouvez partir à taux plein trois mois plus tôt que prévu.
Mes 4 trimestres manquants entraînent-ils une décote ?
Oui, si vous partez avant le taux plein : 1,25 % de pension de base en moins par trimestre manquant, dans la limite de 20 trimestres, soit 25 % maximum. La décote est définitive, sauf départ à 67 ans où le taux plein est automatique.
La suspension change-t-elle le montant de ma pension ?
Indirectement. Partir plus tôt avec un trimestre de moins réduit légèrement la pension, car vous perdez une éventuelle surcote de 1,25 % par trimestre travaillé au-delà du taux plein.
Les fonctionnaires sont-ils concernés ?
Oui, pour les catégories sédentaires, dont le calendrier suit celui du régime général. Les catégories actives et les régimes spéciaux conservent leurs bornes d'âge spécifiques.